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Du métier discret de composer les mathématiques

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Résumé

Sur le web, les mathématiques sont trop souvent une arrière-pensée — une image floue, une fonte qui se bat avec le texte, un nombre qui dérive. Cet essai soutient qu'une équation est aussi de la prose, et montre ce qu'il faut pour la composer correctement : des glyphes pré-rendus, des renvois numérotés automatiquement, et une seule source de vérité partagée par la page et l'impression.

La bonne typographie est invisible. On ne la remarque qu'à son absence — quand une ligne se coupe mal, quand un titre étouffe le texte qui le suit, quand une équation se pose un peu trop bas et un peu trop pâle contre le paragraphe auquel elle appartient. Les mathématiques souffrent de cette négligence plus que tout, car longtemps le web n'a su les composer convenablement (Bringhurst, 2004).

Cela a changé. La contrainte n'est plus la capacité mais la discipline : décider qu'une équation est une phrase, et la composer avec le même soin.

Une équation est de la prose

Prenons l'équation la plus citée de la physique, l'équivalence masse–énergie de Équation 1. En ligne, la relation E=mc2E = mc^2 doit épouser le rythme du texte ; posée en display, elle gagne sa propre ligne et un numéro que l'on pourra désigner plus loin.

E=mc2E = mc^2(1)

Un numéro n'est pas un ornement. C'est une adresse. Lorsqu'un paragraphe ultérieur renvoie à Équation 1, le lecteur doit pouvoir la retrouver sans chercher à l'aveugle — et le renvoi doit se renuméroter si le manuscrit est réordonné.

La même chose vaut pour la gaussienne de Équation 2, dont la constante de normalisation se retient mal et se saisit mal :

f(x)=1σ2πe(xμ)22σ2f(x) = \frac{1}{\sigma\sqrt{2\pi}}\, e^{-\frac{(x-\mu)^2}{2\sigma^2}}(2)

Une figure est un argument

La prose persuade en une ligne ; une figure persuade d'un coup d'œil. Figure 1 est une spirale logarithmique — la courbe qu'approxime le nautile en grandissant, et un rappel que les mathématiques les plus durables sont souvent les plus ordinaires.

Une spirale logarithmique, tracée d'un seul trait monochrome.
Figure 1. Une spirale logarithmique, tracée d'un seul trait monochrome.

Un tableau tient la preuve

Là où une figure montre une forme, un tableau tient le détail. Tableau 1 rassemble quelques fontes sur lesquelles un document mathématique peut s'appuyer.

Tableau 1. Quelques fontes et le travail qu'elles font bien.
Fonte Rôle Force
Source Serif 4 Texte courant Calme, lisible sur la durée
KaTeX (Computer Modern) Mathématiques Familière, métriques cohérentes
Inter Titres, interface Neutre, nette en petit corps

Une seule source de vérité

Le fond n'est pas tel ou tel glyphe mais l'accord. L'écran, l'aperçu avant impression et le PDF téléchargeable doivent tous provenir du même rendu, sinon ils divergent — et la divergence surgit toujours au pire moment, dans l'exemplaire de quelqu'un d'autre.

Composez les mathématiques une fois, numérotez-les une fois, et laissez chaque support lire cette unique description. La récompense est petite et permanente : un document qui dit la même chose où qu'on le lise (Knuth, 1984).

Références

Bringhurst, R. (2004). The Elements of Typographic Style (3rd ed.). Hartley & Marks.
Knuth, D. E. (1984). The TeXbook. Addison-Wesley.

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